Contexte

Acte I - La Guerre des clans

Nombreux étaient les Kami descendus sur terre. Les hommes les suivirent avec piété selon le crédo de chacune de ces entités divines. Parmi les mortels, les êtres divins choisirent des compagnes et compagnons dont les descendances érigèrent les clans initiaux. Très tôt les querelles des Kami déteignirent sur leurs héritiers et certains d’entre eux finirent par se livrer bataille. Des alliances se nouèrent, des trahisons eurent lieu tandis que certains restèrent neutres.

Le prix de ces conflits fut terrible, laissant l’Empire exsangue.
Certaines lignées furent perdues pour toujours.

Au milieu des flammes des batailles, l’héritier de Susanoo se révéla. Il s’auto-proclama Shogun et rallia les plus fidèles serviteurs de l’Empire afin de faire entendre raison aux Seigneurs de clans embourbés dans la fange de la guerre. Le Shogun fit serment d’allégeance à l’Empereur, offrant au pays une entité régente à suivre et l’annonce d’une paix durable.

Des braises encore chaudes du conflit, les Tsubaki furent les premiers à émerger. Ils furent vite suivi des Renge, puis des Sakura. Les Manjushage entendirent raison en quatrième, écopant du chiffre porte-malheur par la même occasion. Enfin, les Kuroyuri furent les derniers à sortir des cendres de la Guerre des clans.

Aucune autre lignée n’avait subsisté.


Acte II - Le déshonneur des Manjushage

Le pays se reconstruisit ainsi autour du pouvoir Impérial, renforcé par l’aura du Shogun, ainsi que du crédo des clans subsistants en une vaste unité.

Les Tsubaki devinrent le bras droit, le katana.
Les Renge incarnèrent son esprit, le magatama.
Les Sakura personnifièrent le bras gauche, le ôgi.
Les Manjushage devinrent les gardiens du pont céleste, le kagami.
Enfin, les Kuroyuki représentèrent le corps, le kama.


Les frontières des clans se dessinèrent en domaines participant à leur façon à la grandeur de l’Empire. Chacun dépendait de son voisin, permettant un équilibre garant d’une paix et d’un ordre durable. La cour Impériale devint le nouveau champ de bataille et c’est derrière les promesses, les accords commerciaux et les joutes verbales que les guerres se déroulaient dorénavant. Un clan cependant brillait par son absence à la cour : les Manjushage se consacraient tant et si bien à leur mission que leurs représentants n’apparaissaient plus au Palais Impérial. De plus, ils n’étaient à la source d’aucun marché dans le pays, important auprès de leurs voisins sans jamais rien exporter en retour.

Malgré le soutien de l’Empereur qui connaissait tout de leur mission et approuvait sans le moindre doute cet isolement dans lequel les Manjushage se mettaient, des rumeurs s’élevèrent. Ils furent de plus en plus vu en nation de faibles et d’inutiles, des profiteurs endormant leur souverain en justifiant leur prétendue fonction.
Parmi les clans, la neutralité des Sakura n’était plus à discuter. Ainsi, lorsque l’une de leurs délégations de magistrats revint du domaine des Manjushage en portant d’inquiétantes accusations, nul ne douta de leur parole. Ils jurèrent que les gardiens du Pont Céleste traitaient dans le secret avec de sombres entités, celles-là mêmes que leur devoir imposait d’empêcher de passer la frontière du monde des esprits vers le territoire des hommes.

Contraints et forcés par édit Impérial, les Manjushage envoyèrent leur plus éminent représentant, Shishio Utsuin, Daimyo du clan et héritier de leur Kami Gardien. La Cour semblait entendre ce qu’il tentait de clarifier au fil d’heures qui devinrent des jours. Alors que les doutes se levaient d’une aube après l’autre par le Daimyo, la cinquième nuit se révéla terrible : le Seigneur des Manjushage fut interrompu in extremis dans sa tentative d’assassinat de l’Empereur lui-même. Le duel qui opposa Utsuin au Shogun Toushin Susaku fut alors un jeu égal d’ordre quasi-divin, des talents au paroxysme de leur art se heurtant farouchement. Néanmoins le Seigneur des Manjushage finit par dominer, aidé par de sombres puissances selon les témoignages et le Maître de Guerre rejoignit ses ancêtres en cette effroyable nuit. Cette tristement célèbre veillée fut si marquante qu’on nomma cette courte période Uso no go-kakan.

Après que le traître ait fui en ses terres, les quatre autres clans furent lancés dans l’extermination des Manjushage sur ordre de l’Empereur. Les plus zélés furent les Tsubaki, grandement affectés par le trépas du Shogun Toushin Susaku. Au bout de trois années de batailles et de massacres, les survivants du clan maudit se retranchèrent en Kokkyou Kyuuden, l’immense forteresse protégeant autrefois l’Empire des entités maudites tapies au sommet du Pont Céleste.

La fin de l’extermination fut des plus incertaines tant les vagues d’assauts Impériaux se brisaient une à une contre les défenses Manjushage. Au bout de semaines entières de sièges, les Hyaku no Yari marquèrent l’ouverture créée par des fidèles Impériaux au sein même de Kokkyou Kyuuden. Les forces subsistantes des clans purent investir le palais de leurs frères perdus et de mettre fin à la destruction des traîtres.


Acte III - De la fin des Manjushage à nos jours

Il ne resta des Manjushage que ceux qui permirent la victoire finale de l’Empire face aux traîtres : ils furent graciés et érigés en héros. Ce fut cependant une vie de honte éternelle qui s’offrait à eux. On reconnut bientôt leurs descendants au noir de leurs atours et à l’absence totale de kamon distinguant leur appartenance au clan maudit.

Le domaine des traîtres s’apprêtait à se voir diviser entre les quatre clans subsistants mais ne put avoir lieu : une malédiction avait pris naissance au sein des frontières Manjushage. Le courroux de Saruta-Hiko, Kami Gardien du clan anéanti, fut révélé et sans appel. Il interdit aux Hommes, quels qu’ils soient, de pénétrer les terres autrefois allouées à ses héritiers et fidèles.
Ces frontières maudites n’empêchaient aucunement aux Yōkai terrestres d’y subsister : ils s’y établirent pour grande majorité. Bon gré mal gré, l’Empire fut contraint de laisser à ce royaume naissant la charge passée des Manjushage et la protection même du Pont Céleste. En signe de paix, la petite nation Yōkai affirma sa loyauté envers Amaterasu et son descendant et par voie de conséquence, à l’Empire. Ce domaine qui n’en était plus vraiment un pris le nom de Reitekina Tochi.

Voilà trois générations que la paix et l’ordre s’installent progressivement dans les terres Impériales. Le temps a repris son cours, favorable à l’équilibre du pays. Cependant et depuis peu, il est fait état d'incursions mineures de créatures néfastes de la nuit. Des rapts ont lieu sans que quiconque ne parvienne réellement à comprendre qui ou quoi en est le responsable. Une secte grandissante vénérant Seigneur Lune, Tsuki no Shinja fait entendre son nom partout dans le pays en prônant la venue de l’héritier de Tsukuyomi. Le dernier Shogun met de plus en plus en défaut le pouvoir Impérial, le jugeant trop souple pour préserver le statu quo de la paix du territoire. De nombreux noms débutent d’être murmurés dans l’ensemble du territoire, tel le souffle d’un vent de changements évoqués par les Kamis eux-mêmes.

L’émergence de héros est souvent le signe de la naissance de leurs némésis...